La redécouverte d'Alexandre Vialatte: la fluidité humaine de base, chronique chez un homme pasteur

Aujourd'hui 30 juin 1964. Où l'on voit l'homme moderne découvrir le rituel des vacances en vacances dans les années 1960 et la presse, nouveaux sujets troublants.

• Le premier plaisir de longues vacances • Des voyages «fluides» • On est à l'ère d'un pâteux • Les maisons des temps pâteux et granuleux • Comparaison des mêmes • Veuve d'un homme granuleux • Sens d'un homme granuleux • Prouvé notamment par sa veuve • Portrait d'un grand salon • Vermicelles étendus L'homme s'évapore • La grandeur progressive d'Allah.


Entre autres catastrophes, les journaux font la promotion des vacances. Dans les grandes nouvelles aux gros titres effrayants: "Trains pleins", "Embouteillages", "Les villes interurbaines sont bouchées". Cent mille gendarmes sur les routes, vingt hélicoptères, six mille trains, quatre ou cinq millions de «vacanciers». Ceci est une page de Céline, un rapport sur la catastrophe, "et ce n'est pas encore une grosse ruée." L'homme fuit HLM comme une invasion allemande. Fatigué de sécher des chaussettes le dixième, sur une ficelle, sur une fenêtre de banlieue, il avait un rêve obsessionnel de les sécher en bas, devant une tente maladroite, dans un camp de centaines de milliers de Parisiens. Il cherchera un pays libre. Quelques orties, un peu de poussière et trois chardons. Accrochez son transistor et sa ficelle pour sécher le linge. Voilà l'espoir de ce père. Il ne partira pas en vacances, il se transforme. Un troupeau fort.
"Quitter Paris, c'est bien." "Le voici: l'homme est devenu fluide. Auparavant, c'était granuleux. Chaque grain a été compté. Sa naissance et sa mort ont été entourées de milliers de cérémonies. Son mariage a apporté mille histoires. Nous n'avons jamais cessé de chanter sur son cercueil. On ne pouvait imaginer que le bonheur de la messe était autre chose que le bonheur d'un individu multiplié par un grand nombre. Nous avons changé tout cela; il y a maintenant un bonheur de groupe qui peut se passer de la joie de l'individu. Nous ne voulons plus voir l'homme. Nous l'avons enterré au galop. Il ne compte qu'en vrac; pâteux; l'individu est devenu musclé; nous travaillons comme berlingoths; nous le mélangeons, le pétrissons, l'étirons, le jetons sur un crochet, l'étirons et le retournons; dans un tire-bouchon; puis nous le facturons. "Les voyages depuis Paris se font en douceur." L'homme a finalement foiré.
Nous travaillons mieux dans cet état. Vous devez croire que c'était son rêve. Ne gâchons pas son plaisir.

Mais comme c'est agréable de rester à la maison! Le soleil de juin brille sur un vieux meuble, une fleur brille. Les voitures partent. Je pense aux gens qui, dans les provinces éloignées, aiment vivre dans un vieux jardin plein de fleurs et de silence en mai, et plein de silence et de feuillage en juin. La verdure ici est formée de grottes.

Nous construisons autour de ma maison. Mais le maçon ne chante plus sur l'échelle. D'abord parce qu'il n'y a plus d'échelle, puis presque plus de maçons. La grande grue Hortense, une grue à girafe, soulève des pierres pesant cent cinquante kilogrammes sur un chantier de construction, qu'elle place au loin dans le ciel, avec le soin d'une sœur. Elle travaille seule; sans chanter. Le maçon n'est qu'épisodique. De temps en temps, si elle en a besoin, elle attrape le bas de sa culotte et la place à côté de la pierre. (Le rôti de bœuf n'était possible qu'aujourd'hui.) Quand ce fut fini, le grand Hortense s'imagina qu'il l'avait fait et venait de construire une maison. Mais ce n'est pas vrai. Il vient de poser quatre murs autour de l'homme. Et ce n'est pas ce qu'on appelle une maison. La maison est un bloc de pierre dans lequel on pénètre par des trous et circule à travers un labyrinthe; ci-dessous sont toutes sortes de grottes, cavernes et surprises, des lieux et des escaliers inhabitables; caves profondes, greniers surchauffés et armoires à confitures. Autour est un grand jardin avec des châtaignes touffues, un ruisseau d'eau et un poisson rouge; sans parler d'un vieux chien qui ne mord pas un voleur. Ce n'est pas une boîte en carton avec une pancarte qui dépeint un basset comme un "mauvais chien", ce qui décourage les visiteurs. C'est un endroit spacieux, bizarre et compliqué qui décourage la réflexion, plein de coins inutiles, de routes folles et de parties qui ne servent à rien. L'esprit s'y sent en paix; dans le grenier sont ses coutumes et son lieu. Le vin n'est pas placé au réfrigérateur, mais dans la cave. Et le fromage devient délicieux. C'est un paradis pour les antiquités et l'enfance. Il est presque indispensable que le toit ait une girouette représentant un astronome, un drapeau ou une rose des vents. En hiver, il hurle dans une tempête et les enfants s'endorment avec le loup, d'un vrai sommeil humain, plein d'irrationnel, de rêves et de périodes obsédantes.
On oublie trop qu'on aime avoir peur. Celui qui n'a jamais eu peur n'a jamais connu la vie. Il n'y a pas vraiment de plaisir sans risque. Pas vraiment de tranquillité d'esprit. Vous avez besoin de monstres. Quoi qu'il en soit, nous sommes à l'âge d'un homme liquide, d'un homme pâteux. A l'époque de l'homme granuleux, il vivait dans de vraies maisons. Ils le respectaient tellement que sa veuve s'est tarie. À sa mort, elle a fermé les stores, posé les couvertures sur les chaises, et ne vivait que des vermicelles dans une des pièces inhabitables où elle est décédée soixante ans plus tard, après avoir vérifié chaque jour que le soleil ne disparaîtrait pas trop. L'homme était mort depuis de nombreuses années et a survécu très longtemps dans un portrait agrandi de la salle à manger. Nous l'avons vu en ruine avec ses belles moustaches, ses cheveux dans une brosse à dents, son air intelligent, ses plus belles décorations.

Et aujourd'hui? L'individu ne compte plus. Il n'y a plus de stores ou de fauteuils dans le salon, qui permettent des couvertures dans un tissu imprimé de fleurs violettes. Où placerions-nous le portrait de famille? Surtout si la barbe est longue? Nous ne sommes plus un âge granuleux. Nous sommes à l'ère d'un homme pâteux. Quitter Paris est un «liquide». L'homme sera bientôt à la vapeur. S'évanouit dans l'espace. J'ai entendu cette terrible blague: «Pouvez-vous me dire la différence entre un gros bonzo et un petit bonzon?
-…
– Un petit bonbon brûle beaucoup plus vite. "
L'homme est devenu un petit bonzam.
Et donc Allah est grand

Alexandre Vialatte. Né en 1901 à Magnac Laval (Haute-Vienne), il était traducteur de Kafka, puis roman (surtout l'auteur Il se bat dans le noir en 1928, Le berger fidèle en 1942 et Fruits du Congo en 1950). Il est surtout connu pour ses chroniques. Tout le monde a toujours fini avec cette phrase, signant son humour absurde et non conventionnel: "Et donc Allah est grand."

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