Journal du docteur: "Honorine, 88 ans, habite dans sa dernière maison"

Louis Bernard est à la pointe de la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Un infectiologue, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Tours, ancien chef de la clinique de Paris, témoigne chaque matin du réveil de la crise sanitaire à laquelle il est confronté. Il revient sur les histoires individuelles *, pense à gérer la crise et confie ses questions intimes. C'est son agenda, que vous pouvez retrouver tous les jours sur francebleu.fr.

Alors que la maison brûle, d'autres regardent

Honorine, 88 ans, vit dans sa dernière maison. L'espace final en fin de vie. Honorina vit ici depuis trois ans. EHPAD. Les voisins de sa chambre sont comme elle: une toux persistante a peur d'eux. Honorina espionne les bruits du couloir jour et nuit. Elle a compris que son déménagement à l'hôpital était probable.

Marie-Ange, l'infirmière, connaît évidemment tous les habitants de l'immeuble mis en quarantaine. A partir de six heures ce matin, elle n'a pas eu une seconde pour sourire et se calmer. Cette journée compliquée contribue à des semaines chargées. De plus, Louise, une infirmière, appelait tristement qu'elle était au lit. Accroupi par Covid. Cette pénurie chronique de travailleurs s'est aggravée ces derniers jours. Trop, c'est trop. Le directeur des maisons de repos ne ment pas au personnel et aux familles: oui, la situation est vraiment compliquée.

Nous avons exigé, requis, un dépistage massif, renforçant les équipes. En vain.

Nous avons exigé, requis, un dépistage massif, renforçant les équipes. En vain, toujours en silence. Hier, cependant, le directeur général de la santé était clair: un filtrage massif du personnel et des résidents, porteurs positifs ou non, envoyant des renforts.

Comme si la catastrophe qui avait frappé le quartier est évitait bien sûr le nuage de Tchernobyl.

Ici, trois mois après les premiers enregistrements, une liste des maisons de repos et de la population vient d'être dressée. Bel effort. Comme si la catastrophe qui avait frappé le quartier est évitait bien sûr le nuage de Tchernobyl. La logique des soins, logique médicale, scientifique et humaine, n'est pas partagée. Nous sommes toujours dirigés par de petits chefs qui refusent de partager le bon sens local. Autorité décalée, autoritaire et inappropriée. Une image parfaite d'un système administratif poussiéreux. Le temps.

Ce déracinement ne peut que le paniquer.

Honorine quitte donc la dernière place qu'elle a quittée. Il connaît l'atmosphère, les odeurs, les couleurs. Ce déracinement ne peut que le paniquer. Ses normes seront dangereusement perturbées. Cette femme est contagieuse. Elle aurait pu infecter d'autres membres du personnel sur le chemin de l'hôpital. Quelle perte de temps. L'administration reste constante face à ce tsunami qui nous attend. Tout est compilé en tableaux aux lignes multicolores parfaitement classées. Boîtes assez bien remplies.

Mais l'urgence n'est pas là. L'urgence est la peur mortelle d'Honorine, la fatigue accablante de Marie-Ange, l'anxiété saturée du directeur de l'EHPAD qui attend d'être renforcée pour faire face aux nouvelles attaques de Covida. Alors que la maison brûle, d'autres regardent.

* Les prénoms changent systématiquement.

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